Strabisme chez l'enfant et l'adulte : origines et traitements actuels

Un œil qui part vers l'intérieur pendant que l'autre fixe droit devant. Ou deux regards qui semblent viser des cibles différentes lors d'une photo de famille. Le strabisme ne se résume pas à un défaut esthétique : c'est un trouble de l'alignement oculaire qui, mal pris en charge, sabote le développement visuel de l'enfant et mine la confiance en soi de l'adulte. Quatre pour cent des moins de six ans sont concernés. Un chiffre qui grimpe si l'on compte les formes intermittentes, ces yeux qui louchent seulement quand la fatigue s'installe ou quand le regard fixe un objet trop proche.

Pourquoi un œil dévie

Six muscles par œil, pilotés par trois nerfs crâniens : la mécanique oculaire est d'une précision redoutable. Qu'un muscle tire trop fort, qu'un nerf transmette mal le signal, et l'alignement se brise. Les causes sont multiples : hérédité, forte hypermétropie non corrigée chez le tout-petit, prématurité, paralysie d'un nerf oculomoteur après un traumatisme ou un AVC. Chez le nourrisson, un strabisme apparu avant six mois est souvent congénital. Au-delà, il peut signaler un problème réfractif masqué ou, plus rarement, une lésion cérébrale qui mérite une imagerie urgente.

Le piège de l'amblyopie

Quand un œil dévie, le cerveau reçoit deux images incohérentes. Sa solution radicale : il éteint l'image de l'œil déviant. L'enfant ne s'en plaint pas. Il ne connaît rien d'autre. Mais sans stimulation, l'œil négligé perd progressivement sa capacité à voir finement. C'est l'amblyopie, la fameuse paresse oculaire. Avant sept ans, le système visuel est encore plastique : un cache posé sur l'œil dominant quelques heures par jour force l'œil faible à travailler. Passé cet âge, la fenêtre se referme et les gains deviennent maigres. Le dépistage précoce des yeux qui louchent n'est pas un luxe : c'est une course contre la montre biologique.

Traitements : du cache à la chirurgie

La prise en charge dépend de la cause et de l'âge. Voici les principales options :

  • Correction optique : des lunettes adaptées suffisent parfois à réaligner les yeux quand une hypermétropie est en cause.
  • Occlusion de l'œil dominant (cache ou filtre sur le verre) pour traiter l'amblyopie associée.
  • Séances d'orthoptie : exercices de convergence, de fusion, de coordination binoculaire encadrés par un orthoptiste.
  • Injection de toxine botulique dans le muscle hyperactif, une option ciblée pour certains strabismes paralytiques.
  • Chirurgie des muscles oculomoteurs : le chirurgien raccourcit ou recule un ou plusieurs muscles pour rééquilibrer la tension.

La chirurgie du strabisme se pratique sous anesthésie générale chez l'enfant, parfois sous locale chez l'adulte. L'intervention dure trente à soixante minutes, la récupération visuelle est rapide, mais un ajustement postopératoire est parfois nécessaire. Chez l'adulte, la correction chirurgicale n'améliore pas seulement l'esthétique : elle restaure souvent une perception partielle de la profondeur et réduit la fatigue visuelle liée à la compensation permanente du désalignement.

Un mot sur les adultes qui n'ont jamais été traités : il n'est jamais trop tard pour agir. La chirurgie reste possible à tout âge, et les résultats sur l'alignement sont comparables à ceux obtenus chez l'enfant. La seule différence, c'est que le cerveau adulte récupère moins de vision binoculaire. Mais le gain en confort quotidien et en estime de soi justifie largement la démarche.

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