L'hypermétropie est le miroir inversé de la myopie. L'œil n'est pas trop long, il est trop court. L'image théorique se forme en arrière de la rétine au lieu de se poser dessus. Paradoxe : un jeune hypermétrope peut très bien voir net, de loin comme de près, sans le moindre verre correcteur. Son cristallin compense en permanence le défaut par un effort d'accommodation constant. Sauf que cette compensation a un prix : fatigue visuelle, maux de tête en fin de journée, tension dans les yeux après une heure de lecture.
Pourquoi l'hypermétropie passe inaperçue
Beaucoup d'hypermétropes ignorent leur condition pendant des années. Tant que le cristallin reste souple, il fournit l'effort supplémentaire sans que la vision semble altérée. Le problème apparaît quand la fatigue s'accumule : yeux rouges le soir, difficulté à se concentrer, sensation de brûlure après un travail prolongé sur écran. Chez l'enfant, l'hypermétropie non dépistée provoque parfois un strabisme accommodatif : l'œil dévie vers l'intérieur à force de compenser. Un examen de réfraction sous cycloplégie (pupille dilatée artificiellement) révèle le défaut caché que l'accommodation masquait jusqu'alors.
Les solutions optiques pour l'hypermétrope
Corriger l'hypermétropie revient à ajouter de la puissance convergente devant l'œil pour ramener l'image sur la rétine. Plusieurs approches coexistent :
- Verres convexes (positifs) : la correction la plus répandue. Légers, disponibles en traitement antireflet, amincis pour les fortes dioptries afin de limiter l'effet loupe disgracieux.
- Lentilles de contact sphériques : souples journalières ou mensuelles, elles offrent un champ visuel naturel et conviennent bien aux hypermétropes actifs ou sportifs.
- Chirurgie réfractive (LASIK, implant phake) : le laser aplatit la périphérie de la cornée pour augmenter sa puissance centrale. Pour les fortes hypermétropies dépassant +6 dioptries, un implant positionné devant le cristallin prend le relais quand la cornée ne peut plus être sculptée.
Hypermétropie et presbytie : le double effet
La quarantaine sonne l'alerte pour tout hypermétrope. La presbytie, qui réduit la capacité d'accommodation du cristallin, s'ajoute au défaut préexistant. Le confort visuel chute brusquement : la lecture devient pénible, les écrans fatiguent, même la vision de loin peut se troubler car l'accommodation résiduelle ne suffit plus à compenser. C'est souvent à ce moment que le diagnostic tombe enfin, parfois vingt ans après l'apparition réelle du défaut.
L'hypermétropie n'est pas spectaculaire. Elle ne rend pas le monde flou comme la myopie ni ne déforme les lignes comme l'astigmatisme. Elle use, lentement, silencieusement. Corriger tôt, c'est soulager des tensions musculaires dont on ignorait l'existence et redécouvrir un confort visuel que l'on croyait normal, alors qu'il ne l'était pas.






