Vous connaissez cette sensation : un voile granuleux sur la cornée, des paupières qui collent au réveil, un besoin irrépressible de cligner. La sécheresse oculaire touche près d'un adulte sur trois en France, et le chiffre grimpe avec la généralisation du travail sur écran. Loin d'être un simple inconfort passager, elle peut dégénérer en inflammation chronique de la surface oculaire si rien n'est fait.
Ce qui assèche vos yeux au quotidien
Le film lacrymal est une fine couche composée de trois strates : lipidique, aqueuse et mucinique. Quand l'une d'elles flanche, le film se rompt trop vite et la cornée se retrouve exposée. Les coupables habituels ? La climatisation qui aspire l'humidité de l'air, les écrans fixes devant lesquels on cligne deux fois moins qu'en conversation, les traitements antihistaminiques et certains antidépresseurs qui réduisent la production lacrymale, et les variations hormonales : la ménopause multiplie par deux le risque de souffrir d'yeux secs. Les porteurs de lentilles de contact sont également en première ligne : le matériau posé sur la cornée absorbe une partie du film lacrymal et accélère son évaporation.
Reconnaître les signes avant qu'ils ne s'installent
Les symptômes arrivent souvent par vagues. Picotements en fin de journée, sensation de grain de sable au réveil, rougeurs persistantes, larmoiement paradoxal, car oui, des yeux secs peuvent couler, parce que la glande lacrymale tente de compenser avec un liquide trop aqueux, dépourvu de la couche grasse nécessaire à la stabilité du film. Si vous portez des lunettes de vue et que vos verres vous semblent constamment sales, c'est peut-être la cornée qui signale un manque d'hydratation en augmentant la fréquence des clignements réflexes.
Traitements : des larmes artificielles à la lumière pulsée
Le premier réflexe reste les larmes artificielles sans conservateur. En unidoses, elles lubrifient sans irriter. Les gels ophtalmiques, plus visqueux, conviennent mieux au coucher car ils brouillent la vision pendant quelques minutes. Pour les cas de dysfonctionnement des glandes de Meibomius, responsables de la couche lipidique du film lacrymal, la lumière pulsée intense (IPL) stimule la sécrétion des lipides et réduit l'inflammation en trois à quatre séances.
Autres pistes concrètes à adopter dès maintenant :
- Installer un humidificateur d'air dans le bureau, en visant 40 à 60 % d'humidité relative.
- Appliquer des compresses tièdes sur les paupières fermées, cinq minutes matin et soir, pour fluidifier le meibum.
- Compléter son alimentation en oméga-3 (huile de lin, sardines, maquereau) : ces acides gras renforcent la couche lipidique.
- Espacer les heures d'écran et appliquer la règle 20-20-20 : toutes les 20 minutes, regarder à 6 mètres pendant 20 secondes.
Quand consulter un ophtalmologue
Si les larmes artificielles ne suffisent plus après deux semaines d'usage régulier, prenez rendez-vous. L'ophtalmologue mesure le temps de rupture du film lacrymal (BUT), évalue la qualité des glandes de Meibomius et peut prescrire de la ciclosporine collyre pour calmer l'inflammation de fond. Ignorer une sécheresse oculaire installée, c'est risquer des micro-érosions cornéennes, une baisse d'acuité visuelle et un cercle vicieux où l'œil irrité s'enflamme davantage à chaque épisode.






