Vous vous réveillez un matin, les paupières collées, un voile rosâtre qui brouille la vue. La conjonctivite frappe sans prévenir : un doigt frotté sur une rampe de métro, un courant de pollen capté par le vent, un mascara partagé entre copines un soir de fête. La conjonctive, cette fine membrane transparente qui tapisse le blanc de l'œil rouge et l'intérieur des paupières, s'enflamme. Le résultat saute aux yeux, littéralement : rougeur, larmoiement, sensation de grain de sable sous la paupière. Trois millions de consultations par an en France, rien que pour ça.
Virale, bactérienne ou allergique : trois ennemis, trois stratégies
La conjonctivite virale accompagne souvent un rhume. Elle produit un écoulement clair, aqueux, qui coule le long de la joue comme une larme sans raison. Très contagieuse, elle saute d'un œil à l'autre en quarante-huit heures si vous n'y prenez pas garde. Pas d'antibiotique ici : seul le temps et des lavages réguliers au sérum physiologique en viennent à bout. La forme bactérienne, elle, se reconnaît à un pus jaunâtre ou verdâtre qui cimente les cils au réveil. Un collyre antibiotique prescrit par le médecin raccourcit la guérison à cinq ou six jours. Quant à la conjonctivite allergique, elle arrive avec les beaux jours (graminées, poils de chat, acariens) et s'accompagne de démangeaisons féroces. Les antihistaminiques en gouttes calment la crise, mais le vrai soulagement passe par l'éviction de l'allergène quand c'est possible.
Les gestes qui limitent la contagion
Se laver les mains reste le geste numéro un, et pourtant le plus négligé. Un œil rouge attire les doigts comme un aimant : on frotte, on gratte, on étale le virus sur la poignée de porte, le clavier, le téléphone. Le cycle de contamination boucle en quelques heures dans un open space ou une classe de maternelle. Voici les réflexes essentiels :
- Utiliser des compresses stériles à usage unique, une par œil, pour nettoyer les sécrétions.
- Changer de taie d'oreiller chaque soir pendant la phase aiguë.
- Éviter le port de lentilles de contact jusqu'à guérison complète.
- Ne pas partager serviettes, maquillage ou lunettes de soleil.
- Jeter le mascara et l'eye-liner utilisés pendant l'infection pour éviter la réinfection.
Quand consulter un ophtalmologue
La plupart des conjonctivites guérissent seules ou avec un traitement simple en une semaine. Mais certains signaux exigent un avis rapide : une baisse de vision, une douleur intense à la lumière, un œil rouge unilatéral avec pupille déformée ou un écoulement qui persiste au-delà de dix jours. Ces symptômes peuvent masquer une kératite, un uvéite ou un glaucome aigu, des urgences qui ne pardonnent pas le retard. Mieux vaut déranger un médecin pour rien que perdre un dixième de vision par fierté mal placée.
Un dernier point souvent oublié : les enfants en bas âge développent des conjonctivites néonatales dans les premiers jours de vie, parfois à cause de germes contractés lors de l'accouchement. Le dépistage en maternité est systématique, mais si votre nourrisson présente un œil larmoyant ou gonflé après le retour à la maison, foncez chez le pédiatre. À cet âge, chaque heure compte pour préserver un système visuel encore en construction.






