Le glaucome ne prévient pas. Pas de douleur, pas de rougeur, pas de vision floue, du moins pas au début. Il grignote le champ visuel périphérique sur des années, si discrètement que le cerveau compense sans broncher. Quand le patient remarque enfin les trous dans sa vision, le nerf optique a déjà subi des dommages irréversibles. C'est la deuxième cause de cécité dans le monde, et pourtant un dépistage simple suffirait à en limiter les ravages.
Tension oculaire : le facteur de risque central
L'œil produit en permanence un liquide transparent, l'humeur aqueuse, qui nourrit la cornée et le cristallin avant de s'évacuer par un filtre microscopique appelé trabéculum. Quand ce filtre se bouche ou ralentit, le liquide s'accumule et la tension oculaire grimpe. Une pression intraoculaire supérieure à 21 mmHg constitue un signal d'alerte, mais attention : certains glaucomes apparaissent avec une pression normale, et certaines personnes tolèrent des pressions élevées sans dommage. Le chiffre seul ne fait pas le diagnostic.
Les facteurs de risque qui doivent inciter au dépistage :
- Antécédents familiaux de glaucome : le risque est multiplié par quatre à huit si un parent direct est atteint.
- Âge supérieur à 45 ans : la fréquence du glaucome à angle ouvert double chaque décennie après 40 ans.
- Forte myopie : un œil allongé présente un nerf optique plus vulnérable à la pression.
- Prise prolongée de corticoïdes : en collyre, en comprimé ou en inhalation, les corticoïdes peuvent faire grimper la pression intraoculaire sans que le patient s'en aperçoive.
- Origine ethnique : les populations d'ascendance africaine ou hispanique présentent un risque statistiquement plus élevé.
Diagnostic : au-delà du simple jet d'air
Le fameux jet d'air chez l'opticien donne une estimation rapide de la tension oculaire, mais il manque de précision. L'ophtalmologue utilise un tonomètre à aplanation de Goldmann, plus fiable, complété par une pachymétrie cornéenne (l'épaisseur de la cornée influence la mesure). L'examen du fond d'œil révèle l'état du nerf optique : excavation élargie, hémorragies péripapillaires, amincissement de la couche de fibres nerveuses. L'OCT (tomographie par cohérence optique) quantifie ces dommages au micron près, bien avant que le champ visuel ne montre le moindre déficit.
Traitements : ralentir la progression du glaucome
On ne guérit pas le glaucome. On le freine. L'objectif thérapeutique est clair : abaisser la pression intraoculaire suffisamment pour stopper la destruction du nerf optique. Les collyres hypotonisants (prostaglandines, bêtabloquants, inhibiteurs de l'anhydrase carbonique) constituent le traitement de première intention. Une goutte par jour dans la plupart des cas. Le laser SLT (trabéculoplastie sélective) relance le drainage de l'humeur aqueuse quand les collyres ne suffisent plus. La chirurgie filtrante (trabéculectomie ou implant de drainage) crée une voie d'évacuation alternative quand toutes les autres options ont été épuisées.
Le glaucome se gère comme une maladie chronique : surveillance régulière, traitement quotidien, ajustements au fil du temps. La clé tient en un mot : dépistage. Un fond d'œil et une mesure de tension oculaire tous les deux ans après 40 ans, tous les ans en cas de facteur de risque. Vingt minutes chez l'ophtalmologue qui peuvent sauver des années de vision.






