On les sort du tiroir en juin, on les oublie en octobre. Erreur. Les lunettes de soleil ne sont pas un accessoire de plage : c'est un bouclier contre les ultraviolets qui bombardent vos yeux douze mois sur douze, même par ciel gris. Les UV-B attaquent la cornée et le cristallin. Les UV-A pénètrent plus profond, jusqu'à la rétine. L'accumulation silencieuse de ces micro-agressions favorise la cataracte précoce, la DMLA, le ptérygion, cette excroissance blanchâtre qui envahit la cornée des surfeurs et des montagnards. Porter des lunettes de soleil adaptées, c'est investir dans trente ans de vision nette.
Catégories de verres : ce que signifient les chiffres
Le marquage CE suivi d'un chiffre de 0 à 4 indique le niveau de filtration de la lumière visible. Voici ce que chaque catégorie offre concrètement :
- Catégorie 0 : filtre 0 à 19 % de la lumière, verres quasi transparents, utiles en intérieur.
- Catégorie 1 : filtre 20 à 57 %, temps voilé, lumière atténuée d'hiver.
- Catégorie 2 : filtre 58 à 82 %, ensoleillement moyen, mi-saison.
- Catégorie 3 : filtre 83 à 92 %, la référence pour un usage courant en extérieur.
- Catégorie 4 : filtre 92 à 97 %, haute montagne, mer, glacier. Interdite au volant.
Attention : la catégorie mesure la teinte du verre, pas la protection UV yeux. Un verre foncé sans filtre UV est pire que pas de lunettes du tout : la pupille se dilate derrière le verre sombre et laisse entrer encore plus de rayonnement. Exigez toujours la mention UV 400, qui garantit le blocage de toutes les longueurs d'onde inférieures à 400 nanomètres.
Verres polarisants, photochromiques, miroirs : s'y retrouver
Les verres solaires polarisants suppriment les reflets horizontaux, ceux qui éblouissent sur la route mouillée, la surface de l'eau ou un capot de voiture. Le confort est spectaculaire en conduite et en navigation. Les verres photochromiques foncent automatiquement à la lumière et s'éclaircissent à l'ombre : pratiques pour alterner intérieur et extérieur sans changer de monture. Leur limite : ils réagissent aux UV, pas à la lumière visible, donc ils ne foncent pas derrière un pare-brise qui filtre déjà les UV. Les verres miroirs, eux, ajoutent une couche réfléchissante qui renvoie une partie de la lumière avant qu'elle n'atteigne l'œil. Esthétiques, efficaces en forte luminosité, mais fragiles aux rayures si le traitement est bas de gamme.
Monture : au-delà du style
Une monture trop petite laisse passer les UV par les côtés et par-dessus. Les lunettes de soleil enveloppantes protègent mieux que les modèles ronds façon John Lennon, aussi charmants soient-ils. Pour les enfants, dont le cristallin filtre moins bien les UV que celui des adultes, choisissez des montures couvrantes avec branches larges et un cordon de maintien. Les matériaux varient : acétate léger et coloré, métal fin, nylon souple quasi incassable pour le sport. Le poids compte : au-delà de 30 grammes, la monture glisse sur le nez et appuie derrière les oreilles au bout d'une heure.
Les erreurs les plus courantes ? Acheter des verres solaires au marché sans marquage CE. Garder des lunettes rayées dont le traitement antireflet s'écaille. Ranger ses solaires dans la boîte à gants en plein été, là où la chaleur déforme la monture et dégrade les traitements de surface. Et surtout, croire que la couleur du verre détermine la protection UV yeux : un verre jaune bien traité protège autant qu'un verre gris foncé. Ce qui compte, c'est le filtre invisible intégré dans la masse du verre, pas la teinte que vous voyez.
Dernière règle, la plus simple : portez vos lunettes de soleil. Pas sur le front, pas accrochées au col du t-shirt, pas oubliées dans le sac. Sur le nez. Chaque minute d'exposition non protégée ajoute une dose au compteur UV de vos yeux. Et ce compteur ne revient jamais à zéro.






